Avec Christophe Deborsu, journaliste à RTL TVI, Philippe Goffin fait le point sur la livraison des masques commandés par la Défense lors de l'émission C'est pas tous les jours dimanche diffusée ce dimanche 24 mai 2020

Philippe Goffin répond aux questions de Christophe Deborsu sur le plateau de RTL TVI
Philippe Goffin répond aux questions de Christophe Deborsu sur le plateau de RTL TVI

J’en viens, et j’en termine avec vous Philippe Goffin, ministre de la Défense en plus d’être ministre des Affaires étrangères, chargé donc en tant que ministre de la Défense de la commande de masques en tissu pour chaque Belge. Alors, c’est vrai que deux firmes doivent nous fournir ces masques en tissu, promis depuis un certain temps maintenant. La société gantoise Tweeds & Cottons, elle a bien livré ces trois millions de masques ou c’est en train de se passer. Reste cette mystérieuse société luxembourgeoise, Avrox, dont on a déjà parlé ici-même il y a deux semaines. Elle doit, elle, fournir le gros de la commande, quinze millions de masques. Toujours pas de masque : est-ce que vous espérez encore ces quinze millions de masques ? On va parler de cette société qui est quand même très très bizarre.
Alors, il y a un contrat qui a été passé avec deux sociétés. Je rappelle quand même, quand vous dites qu’on les attend depuis longtemps : le gouvernement a donné mission à la Défense de s’occuper de ce marché seulement le 27 avril. Le marché a été attribué le 5 mai selon les critères applicables aux marchés publics, tout simplement : les règles belges auxquelles s’ajoutent d’ailleurs des règles européennes. Et puis après, une fois que la commande a été passée, je le répète, à deux sociétés, on est entré dans le processus de fabrication et de vérification.

Une société, ça va...
Je vais terminer pour qu’on comprenne bien. Une première étape, c’était l’envoi d’échantillons, pour s’assurer que les masques commandés étaient conformes, je parle de l’échantillon. Sept jours, il a fallu faire des tests. Une fois que les tests ont été validés par deux laboratoires, le laboratoire de la Défense et un laboratoire indépendant, à ce moment-là la production a pu démarrer.

Avrox vous a aussi envoyé un échantillon ?
Avrox a envoyé plusieurs échantillons et ils ont été testés, je le répète, par deux laboratoires : celui de la Défense mais également un laboratoire indépendant de Gand.

Donc, ça ça va. Et pourquoi n’a-t-on pas encore ces masques d’Avrox ? Quinze millions, c’est le gros de la commande. L’autre société, ce n’est que trois millions. On pensait quand même commencer très vite, c’est-à-dire la semaine prochaine, la distribution de ces masques ?
Il y a une chose, les masques qui doivent arriver et il y a l’autre chose, c’est la distribution des masques. Ça aussi ça prend du temps : vous imaginez, permettre à chacun des Belges de disposer d’un masque, il faudra aussi organiser le réseau de distribution.

Sans doute par les pharmacies. M’enfin si on ne les a pas, on ne les distribuera pas.
Nous sommes en discussion avec les pharmacies pour la distribution. Alors ces masques, on a effectivement entendu beaucoup de choses. Premier élément qui est important, je l’ai déjà dit sur ce même plateau : pas de masque, pas de paiement. Des masques qui ne seraient pas conformes : pas de paiement. Des masques qui n’arrivent pas au bon moment : amende de retard. Et donc on a mis toute une série de clefs pour permettre que ce marché se déroule dans les meilleurs conditions possibles pour les finances publiques, d’une part, mais aussi pour nos habitants. Je rappelle aussi que la commande des masques du fédéral est venue et vient en soutien de commandes et de fournitures faites par les communes, et j’y suis sensible vous le savez.

Mais on les aura ces masques ? Parce que vous dites pas de masque, une amende, ok c’est très bien on les aura donc peut-être un peu moins cher. Mais ils vont arriver ? Vous avez espoir ?
Alors, il y a une livraison de masques de la société luxembourgeoise qui est prévue aujourd’hui.

Ah, aujourd’hui ? On en attend combien ?
Aujourd’hui, c’est une livraison d’un million cinq cents mille masques très précisément.

Ils arrivent où ? À Liège ? Un million cinq, c’est un dixième.
Ils arrivent à Bruxelles. Ils seront stockés à Peutie et puis ensuite ils seront mis dans le cadre de la distribution générale. La volonté qui est la nôtre, c’est de distribuer simultanément sur l’ensemble du territoire.

Quand ?
Si le mécanisme de distribution avec le réseau des pharmacies fonctionne, c’est encore un peu tôt pour le dire, on serait dans un schéma de distribution à partir du 9 juin, de manière simultanée, que ce soit soit à Crisnée, à La Panne ou à Mons pour faire plaisir au Président Bouchez.

C’est très bien. Mais un million cinq sur quinze millions, évidemment on attend les autres.
Il y a un schéma de livraison qui nous a été communiqué. Alors, c’est vrai, il  y a un retard. Il faut pouvoir le dire. Ce retard sera frappé d’une amende et donc ce sera un coût inférieur qui sera réclamé à l’État fédéral.

On se réjouit mais enfin, en même temps, il y a encore des zones d’ombre. On n’en n’a pas encore fini car c’est un homme d’affaires d’origine jordanienne, un certain Talhouni, qui aurait créé Avrox. Ce n’est pas moi qui le dit mais la presse flamande ce week-end. Et la famille de ce Jordanien est suspecte : il semble cette famille dirige aussi une banque, la Cairo Amman Bank, qui a été mise sur une liste noire par Israël parce que cette banque financerait le terrorisme. On ne le savait pas ? C’est la Défense qui a fait la commande, on l’ignorait ?
C’est bien que vous me posiez la question parce que, là aussi, j’ai lu beaucoup de choses. Je ne suis ni l’avocat ni le procureur de la société Avrox. Moi je suis là pour parler du marché Défense dont on m’a confié la responsabilité. Nous appliquons évidemment l’ensemble des règles applicables aux marchés publics en Belgique avec les normes européennes qui s’y ajoutent. Cela veut dire quoi ? Une société sans casier judiciaire, des administrateurs sans casier judiciaire, cela veut dire une société qui n’a pas de dette fiscale, une société qui est en règle avec les lois sociales et une société qui fournit toute une série d’informations exigées par l’Europe.

Oui mais pas qui soutient le terrorisme…
Je termine. Toutes ces informations-là ont été transmises. Nous avons fait le travail. Alors j’ai lu comme vous dans la presse flamande des allégations par rapport à l’un des membres, actionnaire de cette société. J’ai simplement posé les questions pour en savoir plus. Vous savez, je ne vais pas me précipiter pour vérité unique par rapport à ce que l’on peut lire. Je sais en tout cas, jusqu’à présent, que cette banque jordanienne est une banque qui est tout à fait respectable en Jordanie. Nous faisons œuvre d’information pour le moment. Prenons un exemple très concret, et cela je ne l’ai pas lu dans la presse : cette banque jordanienne en question est dans le réseau PayPal, je pense que parfois vous faites des paiements avec PayPal, donc c’est quand même un élément qu’il faut connaître. Je vais jusqu’au bout : par exemple, l’ambassade des États-Unis en Jordanie utilise le biais de cette banque pour les paiements des visas. Voilà deux informations que je n’ai pas vues dans la presse néerlandophone. C’eut été intéressant de voir tout.

Merci pour ces précisions, Monsieur le Ministre, et bon dimanche.